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LA FAUSSE SUIVANTE


De : Marivaux
Mise en scène par Nadia Vonderheyden
Avec Mohand Azzoug
Catherine Baugué
Julien Flament
Laure Mathis
Arnaud Troalic
Nadia Vonderheyden

spectacle à 20h30
durée 2h10




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ESPRIT DU THEATRE
rencontre avec Nadia Vonderheyden
Mercredi 9 avril 2014 à 20h
Théâtre des Ateliers d'Aix en Provence
Entrée libre dans la limite des places disponibles

La scène est en province. Pour connaître Lélio, à qui on la destine sans même l’avoir rencontré, une jeune parisienne se déguise en chevalier et se lie d’amitié avec son prétendant. Lequel, abusé, mis en confiance, avoue son penchant pour deux dames presque également riches… La travestie complote alors sa vengeance. Séduction, argent, pouvoir, travestissement sont au coeur des débats. Ici, les personnages se perdent dans leurs propres mensonges et leurs viles intentions. Dès lors, la comédie écrite en 1724, renvoie à une réalité très actuelle où le matérialisme supplante l’être. Pour Marivaux, les principes du travestissement, de la duperie (et donc du théâtre) ont la faculté de révéler le revers de la personnalité, d’exhiber le spectre de leurs vrais dessins. Parallèlement, dans La Fausse suivante, l’illusion et la tromperie rendent possible, à chaque instant, la rêverie.



Marivaux écrit La Fausse suivante en 1724, c’est une année qui marque une grande rupture tant au niveau personnel que dans son travail théâtral. Il perd tous ses biens en 1720 dans la faillite de la banque Law, un banquier écossais, et perd sa femme en 1723.
Louis XIV meurt en 1715, on est passé de l’absolutisme à la Régence ; en 1723 Louis XV arrive au pouvoir. On est donc dans des temps de transformation politique, économique et sociale, les modèles sociétaux se transforment et donc les modes de représentations changent.
Dans la pièce, six personnages se côtoient et s’entremêlent, trois valets, trois nobles, chacun défendant âprement leurs intérêts et leurs gains, chacun ayant à perdre gros, de sa fortune et de lui même. Parmi ces six figures, deux font alliance dès le début, finalement ceux qui ont tout à gagner et peu à perdre, une femme travestie en homme, le Chevalier, et Trivelin, un homme sans situation, qui passe d’un état à un autre, faisant fortune ou la perdant. Quand la pièce commence, il vient de tout perdre (situation dans laquelle se trouve Marivaux) et se fait embaucher par Frontin comme valet.
Ce travestissement va agir comme un « trouble dans le genre », bouleversant et re-questionnant l’ordre des désirs chez chacun. On pourrait faire un parallèle lointain avec le jeune homme de Théorème de Pasolini.


La Fausse suivante est en effet une des rares pièces de Marivaux qui ne finit pas sur un «happy end», mais comme sur un suspens après que l’on a vu chacun des protagonistes se battre entre désirs et mensonges, alliance et survie. Ils sortent de cette bataille comme hagards, ne sachant bien quelle expérience exactement ils viennent de faire, mais défaits, troublés.
On voit bien en quoi Marivaux peut être un des annonceurs (même malgré lui) de la révolution à venir, d’un « intenable » de cette société où une noblesse dépérit, où une bourgeoisie financière prend sa place, pendant que des valets commencent à nommer leur condition, où les contrats qui s’y contractent doivent se repenser ; contrats d’intérêts et contrats amoureux ; l’ancien ordre des choses commençant à se fissurer, place est faite pour que de nouveaux désirs émergent, y compris violemment.

Tout cela est pris dans un lendemain de bal, où interviennent des chants et des danses, faisant relais à ces joutes oratoires que sont les dialogues de Marivaux, où chacun faisant face à l’autre, improvisant ses réparties, se découvre lui-même ; où chaque joueur est pris à son propre jeu. Où, masqués, voulant démasquer l’autre, ils se révèlent à une partie d’eux-mêmes.



PIERRE CARLET DE CHAMBLAIN DE MARIVAUX (1688-1763)
Auteur français déclaré comme mineur par la génération des Encyclopédistes, réputation qu’il conservera jusqu’au milieu du XXe siècle. Elevé en province, Marivaux fait ses études à Paris et s’essaye dans le roman burlesque. Il débute en 1720 au Théâtre-Italien et au Théâtre-Français.
Son théâtre emprunte ses conventions à la Commedia dell’arte : il crée des types sur lesquels il peut broder des variations, se sert du travestissement, privilégie l’amour comme ressort de la comédie. On peut voir en Marivaux un utopiste, qui utilise le théâtre comme un lieu d’expérimentation sociale (L’Ile des Esclaves (1725) où maîtres et serviteurs échangent leurs rôles, La Colonie, où les femmes veulent établir une république).


Il existe aussi un Marivaux romanesque, qui emprunte à la vogue des romans tragiques et des aventures de nobles déguisés : Le Prince travesti (1724), Le Triomphe de l’amour (1732). Marivaux est surtout connu pour ses pièces qui traitent de «la métaphysique du coeur», ce qu’on a appelé le marivaudage : La Surprise de l’amour (1722), la Double Inconstance (1723), le Jeu de l’amour et du hasard (1730), Les Fausses confidences (1737).
Marivaux dit avoir «guetté dans le coeur humain toutes les niches différentes où peut se cacher l’amour lorsqu’il craint de se montrer», et chacune de ses comédies a pour objet de le faire sortir d’une de ses niches.


Nadia Vonderheyden


Représentations ATP : Théâtre du Jeu de Paume
le 10 Avril 2014, 20H30


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