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LES JEUNES


De : David Lescot
Mise en scène par David Lescot
Avec

Acteurs :
Alexandra Castellon
Bagheera Poulin
Catherine Matisse
Martin Selze
Marion Verstaeten

Musiciens :
Flavien Gaudon
David Lescot
Philippe Thibault
spectacle à
20h30 le 6 Novembre
19h30 le 7 Novembre

durée 1h30



en partenariat avec Le Théâtre Antoine Vitez


(pour en savoir plus et voir d'autres photos cliquez sur le titre du spectacle)





Résumé
L'attribut des jeunes aujourd'hui, c'est indéniablement la guitare électrique. Elle orne les cartables, les trousses, les paquets de céréales. Elle faisait déjà rêver les générations antérieures, mais sans recourir à ce point au battage mercantile. La pièce s'ouvre sur un exposé retraçant les origines de la guitare électrique, où l'on voit que cette histoire a beaucoup à voir avec la lutte des classes.
Le texte se compose ensuite de chapitres où prennent part alternativement les deux groupes. On les voit successivement remonter aux racines de leur vocation musicale, puis on assiste à leur rencontre, au déroulement de leurs séances de répétition, et à la proclamation de leur manifeste esthético‐musical, car les jeunes aiment les professions de foi, surtout lorsqu'elles sont ultra‐radicales, sans concession, inapplicables. Et puis ce que les jeunes préfèrent dans les règles, c'est les transgresser, y compris celles qu'ils se donnent à eux‐mêmes.

Les deux groupes se croisent peu, hormis lors de certaines séances de studio, et s'appréhendent sur le mode d'une rivalité hargneuse (du côté des garçons) ou d'une indifférence hautaine (de la part des filles).
Un manager, Trapier, profitant de la vogue du phénomène, qu'on a appelé cruellement "les bébés rockers", prend les deux groupes en main, et envoie les Schwartz participer à un festival catastrophique en Bourgogne, où se multiplient pour eux les périls au milieu d'adultes violents et malsains. Puis le mouvement s'accélère, vient le succès, la notoriété, pour les garçons comme pour les filles, et son cortège d'excès et de pertes de contrôle. Honoré, le bassiste des Schwartz, connaît une idylle avec Louna la chanteuse des Pinkettes, et se la fait souffler par Igor, le chanteur des Schwartz. Louna, sous l'emprise de trop de substances, s'effondre en plein concert.
Se dessine la déchéance des deux groupes, qui suit instantanément leur triomphe. Lorsque la voix d'Igor mue, Les Schwartz n'intéressent définitivement plus personne.


Les Jeunes se présente comme un concert de rock au sein duquel se développe une fable théâtrale. Pas de décor ici, autre que l'installation des instruments (guitares, basse, batterie) et le dispositif de la scène de concert. Chacune des séquences prend place soit dans le contexte de la performance scénique (concert) soit dans celui de la répétition de musique (studio). La musique rock constitue donc non seulement le sujet de la pièce, mais lui fournit également sa forme et sa structure.
La musique doit renforcer la dimension rythmique du texte. Il arrive aussi que les dialogues soient un prélude à la musique, comme une sorte d'introduction au morceau chanté qui va suivre. Texte et musique se mêlent et s'enchaînent sans rupture.
De même, en ce qui concerne les lumières, on pourra se fonder sur les différents types d'éclairages scéniques utilisés pour les concerts de rock, qui contribueront à renforcer les codes propres à ce type de performances et trancheront sur les habitudes des éclairages de théâtre. Par contraste, on utilisera des lumières moins spectaculaires, plus froides et plus fixes, type néons, pour les scènes de répétitions en studio. L'important est d'utiliser les codes esthétiques du rock et de les rendre instantanément identifiables, quitte à les détourner (cf. la séquence où le bassiste des Schwartz est fessé par son père en public, sur la scène même du concert). Interprétation (masculin/féminin)


Le principe de l'interprétation de la pièce repose sur un principe d'inversion du masculin et du féminin et sur un jeu de double. Les rôles des trois jeunes garçons et ceux des trois jeunes filles doivent être interprétés par les mêmes comédiennes. Chacune jouera le rôle d'un garçon et d'une fille, selon un principe de combinaison soigneusement étudié (Igor est aussi Lou, Honoré est aussi Ouna, Jick est aussi Louna). Ce jeu révèle la part d'indétermination sexuelle qui est celle des préadolescents, à un âge où les corps se transforment trop vite, où les garçons peuvent avoir des voix aiguës et les filles des voix graves. Il s'agit aussi d'un jeu purement théâtral de travestissement, non pas comme simple simulacre mais comme révélateur d'une vérité, celle d'une identité mouvante, instable, d'un âge de tous les possibles et de tous les hybrides. Tous les autres personnages seront interprétés par les deux autres acteurs, prenant en charge les parties chorales, le récit, les figures d'adultes. Trois musiciens (un batteur, un bassiste et un guitariste) seront adjoints à la distribution, qui devront aussi s'emparer de certains rôles ou parties du texte. Selon leurs aptitudes, on pourra aussi confier aux acteurs/actrices des parties musicales.


Les Jeunes s'adressent a priori à tous les publics, mais par son sujet et sa forme, pourra trouver un écho particulier auprès d'un public adolescent. On voit se développer aujourd'hui en France un certain nombre de programmations ou de festivals destinés à ce public‐là, qui n'est pas exactement ce que l'on a appelé jusqu'ici le "jeune public". On s'intéresse à cet âge dans sa spécificité, on reconnaît qu'il possède sa propre culture. Mais le répertoire qui lui est destiné est encore restreint, et il est temps de penser à le renouveler, à l'élargir, à lui inventer des oeuvres. C'est ce que nous voudrions faire.
David Lescot


L'adolescence, maintenant que j'en suis sorti (du moins officiellement), je la regarde comme un monde en soi. Elle m'apparaît comme une fiction à elle toute seule, une sorte de conte fantastique avec ses codes indéchiffrables, son langage hermétique, ses phénomènes paranormaux, ses personnages aux corps étranges, son mélange inimitable de bêtise et de génie. La vie à l'intérieur de ce monde semble plus intense, plus romantique, plus tragique, plus idéaliste. On y vit plus fort et plus dangereusement.
De plus en plus valorisée mais aussi récupérée dans la société actuelle, l'adolescence est à la fois un idéal, un paradis perdu, et un point aveugle. Adolescents, les enfants veulent le devenir le plus vite possible, et les adultes le rester le plus longtemps possible. C'est tout à la fois un rêve impossible et un marché juteux.
En cela, l'adolescence est sans doute un bon sujet pour le théâtre. Mais à condition que ce théâtre soit à l'image de cette adolescence, et prenne la forme de ce qu'il raconte.
J'ai cherché quel pouvait être ce théâtre de forme adolescente, et je me suis dit "le rock", parce que c'est pour cet âge le rêve et l'échappatoire absolus, le fantasme le plus répandu, et fantasme auquel chacun, ou disons presque chacun, essaie lors de l'adolescence de donner réalité, avec des fortunes très diverses.
Les Jeunes, donc, raconte la formation, l'initiation, l'ascension puis la dissolution d'un groupe de rock formé de trois très jeunes adolescents, baptisé "Les Schwartz". Parallèlement, on assiste à l'éclosion et au succès tout aussi éphémère et inexplicable d'un groupe de trois préadolescentes : "Les Pinkettes". Ils et elles ont douze ans, mais ce sont douze ans de théâtre, c'est‐à‐dire qu'on leur en prêterait volontiers deux ou trois de plus.
David Lescot




INTERVIEW

4 questions à David Lescot

(propos recueillis par Maylis Kohn)


D’une certaine manière, Les Jeunes ont quelque chose du roman d’initiation…

Oui c’est un récit initiatique. Une initiation sauvage, sans règle ni méthode. A cet âge-là, on s’initie les uns les autres, il y a ceux qui s’autoproclament initiés, et ceux qui les suivent. Moi j’étais plutôt suiveur. À l’arrivée il y a plus de cabossage que d’enseignement, mais c’est ça aussi l’initiation. Sur certaines questions, comme celle de l’amour, idéal ou physique, les filles en savent plus long. On le voit dans la pièce, où l’une des filles apprend à un garçon terrifié comment on embrasse.
Et les initiations sont multiples là-dedans. J’ai écrit une scène où le groupe des garçons, Les Schwartz, sont précipités dans un festival de rock comme on lâcherait des enfants au milieu d’une forêt la nuit. Là, le modèle, c’est le conte. Il n’y a pas plus initiatique.

Avec cette pièce, n’est-ce pas aussi la question du vieillissement qui vous intéresse ?

Ca ne veut pas dire grand-chose « Les Jeunes », c’est pour ça que j’ai appelé la pièce comme ça. C’est un état, un monde en soi. Les personnages sont censés avoir douze ans, mais c’est trop jeune pour ce qu’ils font dans la pièce, il faut que les spectateurs ne trouvent pas ça très normal de se comporter comme ça ou d’endurer ça à douze ans. Mais ce n’est pas non plus totalement inconcevable. Et puis dès le moment où on les a saisis en « jeunes », ils le sont déjà moins, les voix muent, les épreuves laissent des traces, on n’est déjà plus ce qu’on est. C’est l’histoire d’un passage. Peutêtre pas encore le vieillissement, mais sûrement un peu moins de jeunesse.

Que pensez-vous quand vous dites que le théâtre est une affaire de fantômes ? Les Jeunes en sont-ils un exemple ?

J’aime beaucoup les fantômes : des êtres qui n’existent pas mais qui sont là, qui sont morts mais qui reviennent, qui parlent. Les fantômes peuplent les rêves aussi bien que les scènes de théâtre. Un personnage de théâtre c’est un fantôme. Il n’existe pas, mais il revient tous les soirs. On y croit quand on est enfant, puis on n’y croit plus, puis on y recroit, quand on a compris que l’univers du rêve et celui du théâtre étaient frères. Les Jeunes c’est sans doute une pièce de fantôme, comme un peu toutes les autres.

Qu’aimeriez-vous dire aux «jeunes» qui découvriront le spectacle une fois créé ?

Je vous en supplie, arrêtez de vous envoyer des sms pendant qu’on joue la pièce !



L’AUTEUR : DAVID LESCOT

Né en 1971
Il n’a jamais été question pour David Lescot de vivre ailleurs que sur scène, c’est d’abord la musique qui l’y a entrainé. Il en compose et en joue, guitare, trompette etc. Il s’est parfois produit aux terrasses des cafés, ou même dans la rue et il aime ça. Il est fasciné par le music-hall, le vrai, sans tricherie, celui où à chaque représentation on joue le tout pour le tout. «Ou ça passe, ou ça casse ».
Son écriture s’en ressent. D’abord parce que toujours, la musique accompagne les mots, les soutient, leur apporte la dimension d’un monde parallèle à inscrire dans la mise en scène. Il monte ses propres textes, parfois ceux des autres, il lui arrive aussi de faire l’acteur. Quant à ceux qui se confrontent à son écriture – ils ne sont pas rares, en France et au delà, car il est traduit et joué dans toute l’Europe – ils doivent obligatoirement comprendre et transmettre le rôle essentiel de la musique. Et aussi, et surtout : ils doivent impérativement s’avérer capables de retranscrire les finesses d’un humour pensif, les incertitudes de personnages confrontés à des situations au premier abord normales, progressivement soumises à une logique des plus singulières.
Le théâtre de David Lescot se situe aux frontières de mondes en phase active de métamorphose. Ainsi l’Association, sa seconde pièce, réunion de brocanteurs trafiquant des objets parfaitement incongrus, tout en entremêlant chansons et dialogues. Pratiquement sans rupture, car la rythmique des phrases et celle des notes s’enchaînent le plus naturellement du monde. Qu’il raconte l’étrange relation d’un couple uni par un mariage blanc (Mariage, mis en scène par Anne Torrès en 2003) les effrayantes tribulations mentales d’un ambitieux qui à tout prix veut devenir plus performant (l’Amélioration, en 2004) le progressif dépouillement matériel et affectif d’un homme surendetté (l’Homme en faillite en 2007, prix du Syndicat de la Critique) la musique lui permet de creuser l’émotion tout en exposant des thèmes alternant le burlesque et l’intense dureté.
En 2007 également, Véronique Bellegarde crée l’Instrument à pression, trajet d’un musicien du solo jusqu’au groupe. Préoccupation récurrente chez David Lescot. Il va et vient entre les textes comportant quatorze personnages (les Conspirateurs, sa première pièce, qu’il a mise en scène en 1999) jusqu’au au monologue (l’Amélioration). Monologue encore en 2008 : la Commission centrale de l’enfance. Ses souvenirs du temps où ses parents l’envoyaient dans des colonies de vacances organisées par le PCF, avec en guise de madeleine proustienne sa vieille guitare rouge.
Entre temps, le metteur en scène belge Charlie Degotte crée l’Européenne. Là, c’est la foule : une assemblée d’intellectuels, d’artistes, d’interprètes, censés mettre au point un projet de « culture européenne ». En 2009, de Reims à Paris et en tournée, David Lescot reprend à son compte la pièce sous forme de revue de music-hall soutenue par une légère intrigue. On ne se refait pas.
Colette Godard


Représentations ATP : Théâtre Antoine Vitez
le 6 Novembre 2013, 20H30
le 7 Novembre 2013, 19H30


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